Dernièrement, je vous ai proposé une recette de lessive écologique faite maison, naturelle, réalisée à partir d’ingrédients BIO, éthiques et naturels.

Avant d’arriver au résultat souhaité, je suis passée par toutes sortes de mésaventures dont je souhaitais vous parler aujourd’hui.

Tout comme du côté cuisine, en cosmétique il est malheureusement facile de se faire avoir par un packaging trompeur dans lequel se cache des ingrédients peu éthiques, voire carrément irritants et nocifs pour l’environnement.

Mon enquête a duré plusieurs semaines jusqu’à pouvoir élucider tous les mystères cachés derrière les jolis savons que j’avais achetés pour réaliser ma propre lessive.

En passant du savon de Marseille sans huile d’olive, aux paillettes en sachet 100% palme de mauvaise qualité… Je suis remontée jusqu’à certains fabricants pour comprendre l’ampleur de l’arnaque aux savons de piètre qualité.

Faire sa lessive maison doit avoir un sens éthique et qualitatif, sinon quelle différence avec la lessive industrielle que l’on trouve en grande surface ?

Si aujourd’hui j’ai décidé d’avoir le contrôle sur la qualité des ingrédients que j’utilise en cuisine, il va de soi que je souhaite de même pour mes cosmétiques et produits d’entretien faits maison.

Arnaque au savon de Marseille

C’est ici que tout commence. J’ai simplement suivi une bête recette de lessive maison que j’ai trouvée sur internet, composée de savon de Marseille. Je pensais bien faire quand j’ai acheté mon premier savon en droguerie sous les conseils avisés d’un vendeur expérimenté.

J’ai demandé  un savon de Marseille authentique, on me demande si je le préfère en copeaux ou en bloc. Pour une raison pratique, tant qu’à faire, je choisis les copeaux.

Suite à la première préparation, je me rends compte que ma lessive est blanche. Mais… L’huile d’olive c’est plutôt verdâtre, non ?!

Je regarde la composition des copeaux et là je réalise qu’il n’y a pas un seul gramme d’huile d’olive. Pourtant, l’emballage indique bien Savon de Marseille, savonnerie du Midi, hypoallergénique, extra pur…

Composition : Savon 30% et plus / Ingrédients : Sodium Palmate*, Aqua (Water), Sodium Palm Kernelate*, Sodium Chloride, Sodium Hydroxide.

Vous l’aurez compris, l’huile de palme a remplacé l’huile d’olive.

2ème tentative, je demande à mon mari de repasser à la droguerie et de demander un savon de Marseille authentique à l’huile d’olive. Il me ramène un bloc carré, vert, aux abords plutôt rassurants. Je regarde la composition et m’aperçois qu’une fois de plus ce n’est pas le savon pure huile d’olive que je recherche…

savon de marseille arnaque

Comment reconnaître un savon de Marseille authentique de qualité ?

Le savon de Marseille c’est un ingrédient efficace en soit, il est écologique, non polluant et biodégradable, pour autant qu’il soit de qualité vous l’aurez compris.

J’ai eu la chance d’interviewer Majid Boukamel, le fondateur de la marque terAter, passionné de cosmétiques BIO respectueux et éthiques, qui réalise d’incroyables savons saponifiés à froid en Valais. Il m’a aidé à y voir plus clair sur la composition et l’origine des ingrédients du savon de Marseille :

Il est issu de 3 ingrédients, de l’eau, de l’huile d’olive et de la soude. Le problème, c’est que l’appellation « savon de Marseille » ne garantit pas sa qualité… Il est donc important de lire la composition figurant sur l’étiquette. Les ingrédients doivent être mentionnés : Sodium olivate : qui est l’huile d’olive saponifiée et Aqua : eau.

Méfiez-vous si vous lisez Sodium palmate : de l’huile de palme saponifiée, ou encore Sodium tallowate : de la graisse de boeuf saponifiée. Et tout les autres : les parfums, les colorants, les antioxydants, les stabilisants et les conservateurs en tous genres sont autant d’ingrédients absolument inutiles dans un savon de Marseille mais que les industriels se font un plaisir d’ajouter à leur produit pour en faciliter la fabrication et le stockage, pour abaisser au maximum les coûts de production et pour harmoniser tristement toute leur production.

Méfiez-vous aussi des « 72% » d’huile d’olive et/ou d’huile végétale mentionné sur l’emballage (comme ci-dessus). Qu’en est-il des 28% restant ? Probablement un mélange d’huile de palme ou suif de boeuf…

Pour le savon d’Alep, le problème est assez similaire, mais en plus les savons que nous recevons après le séchage au soleil sont des savons rancis, oxydés…impropres au contact avec la peau ! La lumière est un des facteurs accélérant/aggravant le rancissement des savons.

Ces savons sont chauffés afin d’accélérer le process chimique de neutralisation entre les acides gras et la base (La saponification). Ils sont généralement cuits dans des chaudrons à haute températures au minimum 120 degrés, pendant minimum une vingtaine d’heure. Ces savons sont fabriqués avec un excédent de soude, on utilisera plus de soude que nécessaire et on éliminera celle-ci par lavage à l’eau de mer (Le savon ne se dilue pas dans l’eau salée) qui emportera par la même occasion toute la glycérine. La loi oblige depuis peu la récupération des excès de soude, mais jusqu’à une petite dizaine d’année cette soude était balancé dans la nature ou l’égout, donc la mer.

Quant à la glycérine, aujourd’hui celle-ci est revendue pour une grande part à l’industrie de l’armement, la chimie et l’agro-alimentaire. Une toute petite partie sert à la cosmétique industrielle. La glycérine restant très visqueuse est incompatible avec la mécanique industrielle, elle bloque et obstrue la mécanique des savonneries. Le paradoxe est atteint puisqu’on la rajoute en fin de process, d’où l’allégation «savon enrichi en glycérine ».

D’un point de vue cosmétique les Marseille et Alep (à chaud) sont de purs escroqueries. Ils conviennent pour le linge ou l’hygiène de la maison… Pour autant qu’on ait conscience de ce qui se cache réellement derrière le processus de fabrication !

L’huile d’olive : différentes qualités possibles

Il faut savoir qu’il existe 4 types d’huile d’olive :

  • L’huile vierge extra 1ère pression à froid, toutes les bio sont de cette qualité exclusivement !
  • la vierge, en Afrique du Nord, en Espagne ou en Italie par ex., c’est celle qu’on utilisera pour la cuisson ou la friture.
  • la raffinée ou la lampante, celle-ci est impropre à la consommation humaine.
  • et enfin la grignon d’olive : la plus utilisée en Savonnerie de Marseille ou Alep, il rend le savon vert foncé.

Les 2 dernières catégories sont impropres à la consommation et sont aussi les plus problématiques d’un point de vue écologique.

Leurs appellations en INCI (Ingrédients) cosmétiques ne diffèrent pas selon les 4 qualités. C’est ici qu’apparaît la tromperie. L’appellation « huile d’olive » mentionnée sur les Marseille ou Alep industriels sont en fait des huiles de Grignon. La particularité du grignon est qu’il procure au savon une couleur très foncée. Lorsqu’on saponifie une olive vierge extra sa couleur est un vert très clair.

Quelle solution écologique et éthique pour réaliser sa lessive maison ?

Tout comme en cuisine, les matières premières nobles et de qualité ont un certain prix. A présent, on comprend bien qu’un savon de Marseille à base de palme est proposé à un prix défiant toute concurrence ! Mais il est bien moins intéressant et respectueux de l’environnement que celui à l’huile d’olive vierge extra.

Avec terAter, on a pensé vous proposer une autre solution durable pour la réalisation de lessive maison : un mélange colza-coco. Pourquoi partir sur ce mélange plutôt que le savon de Marseille d’Alep ?

La raison est triple. Tout d’abord le prix, le colza bio est de 35 à 50 % du prix de l’olive bio, le prix de l’olive bio ne cesse d’augmenter, à cause des pertes de la production italienne. Ensuite une raison personnelle : l’huile d’olive étant très noble, cela me chagrine de transformer un si beau produit en détergents. Quant à produire un détergent naturel autant le faire avec un produit local (et non animal). Il ne reste donc que le colza.

Et enfin à propos du coco, il faut savoir qu’en détergence le coco (comme le palme ou le palmiste) a la propriété d’être le surfactant le plus agressif. Pour le dire clairement, c’est le plus lavant de toutes les huiles végétales (avec le palme ou le palmiste). Pour la maison, le linge ou la vaisselle c’est cette huile que je privilégie.

Donc pour résumer il est moins cher, plus cohérent et plus lavant d’utiliser une combinaison coco/colza qu’olive pure.

La recette de lessive maison a donc été mise à jour en optant pour un choix plus écologique et économique.

 

En bref :

Les meilleurs gestes à adopter pour choisir ses cosmétiques sont exactement les mêmes que pour l’alimentation. C’est-à-dire : Simplicité, minimalisme et plaisir.

Toujours choisir en priorité des produits aux recettes simples et Bio. Plus une liste d’ingrédients est longue et imprononçable, et plus il faudra s’en éloigner. Optez pour des formulations simples, sans pétrochimie, ni industrie. Optez pour de l’artisanat et du circuit court….Comme pour l’alimentation !

 

 

non massa nec ipsum elit. ipsum Donec velit, quis, id