Ces dernières semaines, une nouvelle pyramide alimentaire américaine a beaucoup fait parler d’elle. Publiée officiellement le 7 janvier 2026, j’avais envie de partager avec vous quels étaient les changements majeurs et ce que j’en pense en tant que nutritionniste, micronutritionniste spécialisée dans la prise en charge du microbiote.

La bonne nouvelle, c’est qu’il y a de vraies avancées. Mais pour être honnête, ce n’est pas encore suffisant si l’on s’intéresse réellement à la digestion, au microbiote intestinal et à la prévention santé de manière générale.

Dans cet article, je vous partage deux choses :

  • un décryptage clair de ce qui change dans cette nouvelle pyramide,
  • puis mon analyse de terrain, avec mon regard de nutritionniste fonctionnelle.

Source : https://realfood.gov/

Nouvelle pyramide alimentaire : ce qui change vraiment

La nouvelle pyramide alimentaire publiée aux États-Unis marque une rupture avec les recommandations plus anciennes. On sent une volonté de revenir à quelque chose de plus cohérent, plus proche du vivant. Qu’est ce qui change vraiment ? Petit tour d’horizon.

1. Le retour aux aliments bruts

Premier changement notable : la pyramide met clairement en avant les aliments peu transformés.

On s’éloigne enfin d’une vision très industrielle de l’alimentation, avec un message plus simple : manger des aliments proches de leur forme naturelle.

2. Une place centrale donnée aux protéines

Autre évolution importante : les protéines deviennent un pilier de l’alimentation.

Pendant des années, elles ont été décriées, en particulier les protéines animales. Ici, elles sont clairement remises au centre, avec des repères plus clairs sur les quantités.

Les protéines jouent un rôle clé notamment dans :

  • la stabilité glycémique,
  • la satiété,
  • l’équilibre métabolique,
  • et le soutien du microbiote intestinal.

Sur le principe, c’est une avancée très intéressante.

3. Une réduction nette des glucides sous forme de céréales

C’est probablement le changement le plus marquant visuellement.

Les céréales ne constituent plus la base de la pyramide. Elles occupent désormais une place minoritaire.

On reconnaît enfin que consommer des céréales en grande quantité, surtout sous forme raffinée, n’est pas sans conséquence pour la santé métabolique et digestive.

4. La disparition des produits ultra-transformés

Autre signal fort : les chips, biscuits, sodas et produits sucrés ne figurent tout simplement plus dans la pyramide.

Le message est clair, ces produits ne font pas partie d’une alimentation santé.

5. Une mention explicite du microbiote intestinal

La nouvelle pyramide reconnaît le lien entre alimentation, digestion et microbiote intestinal.

Les fibres, les fruits, les légumes et les aliments fermentés sont mentionnés comme favorables à l’équilibre digestif. C’est une première reconnaissance officielle d’un sujet longtemps mis de côté.


Mon regard Microbiote Friendly sur la nouvelle pyramide alimentaire

Si je m’arrête là, je pourrais dire que cette pyramide va dans le bon sens.

Mais quand on accompagne, au quotidien, des personnes avec des troubles digestifs, inflammatoires ou immunitaires, certaines nuances méritent d’être faites

Et ces nuances ne figurent pas dans la pyramide.

1. La qualité des aliments n’est pas suffisament abordée

La pyramide parle de protéines, de poissons, de produits laitiers… mais sans vraiment distinguer leur qualité.

Or, d’un point de vue microbiote :

  • une viande issue d’un élevage intensif, nourrie aux antibiotiques, n’a rien à voir avec un animal élevé dans de bonnes conditions,
  • un poisson d’élevage intensif n’a pas le même profil nutritionnel qu’un poisson sauvage,
  • et ces différences ont un impact direct sur l’inflammation et la digestion.

2. Le mode de préparation change tout

C’est un point important. Une viande grillée ou fortement saisie est plus difficile à digérer et pro-inflammatoire.

À l’inverse, une viande longuement mijotée, cuite doucement, notamment dans un bouillon d’os, est nettement mieux tolérée.

Et là, petite parenthèse (vous commencez à me connaître), le grand absent de cette pyramide, c’est clairement le bouillon d’os.

Riche en collagène, en minéraux et en acides aminés, il est pourtant un véritable pilier digestif quand on parle de microbiote. On dit qu’il s’agit d’un « alicament » tant sa composition est riche et permet de réparer la muqueuse intestinal.

3. Les produits laitiers : une énorme zone grise

La pyramide montre des produits laitiers, mais sans aucune nuance. Or, boire du lait (même délactosé, BIO etc…) ou consommer de la crème ne sont pas des références santé pour le microbiote.

En revanche :

  • un yaourt fermenté 24h,
  • un kéfir,
  • ou un fromage longuement affiné au lait cru,

n’ont absolument pas le même impact digestif. Ce sont des produits laitiers considérés comme bénéfique pour la santé intestinal.

La fermentation longue permet :

  • la dégradation du lactose (sucre du lait),
  • une prédigestion de la caséine (protéine du lait),
  • une bien meilleure tolérance intestinale.
  • une richesse en probiotiques bénéfiques pour le microbiote.

4. Les poissons : tous ne se valent pas

La pyramide recommande le poisson, mais sans distinguer les espèces ni la qualité.

Or, on sait aujourd’hui que :

  • les gros poissons, comme le thon, accumulent davantage de métaux lourds,
  • le mercure est neurotoxique et perturbe le microbiote intestinal,
  • et que les poissons issus de l’élevage intensif contiennent des résidus médicamenteux et présentent un profil nutritionnel moins intéressant
  • sans parler de la catastrophe écologique que cela représente

D’un point de vue santé, on privilégiera donc :

  • les petits poissons en début de chaîne alimentaire comme les sardines, le maquereau,
  • le poisson sauvage, ou à défaut biologique,
  • avec une fréquence de consommation adaptée.

5. Les céréales et leur impact sur le microbiote

Réduire la place des céréales est pertinent. C’est d’ailleurs une approche à laquelle je suis particulièrement sensible et qui fait partie intégrante de mon approche thérapeutique.

Mais là encore, la forme de consommation est essentielle.

Les céréales non fermentées, sous forme industrielle, sont inflammatoires et difficiles à digérer.

À l’inverse, des céréales fermentées (pain au levain actif), trempées ou préparées de manière traditionnelle et ancestral sont souvent bien mieux tolérées.

Tout comme pour les produits laitiers fermentés, la fermentation au levain permet :

  • une diminution du taux d’amidon (sucre présent dans les céréales et qui a tendance à nourrir la flore pathogène de l’intestin)
  • une dégradation des anti-nutriments naturellement présents dans les céréales
  • une pré-digestion du gluten (pour les céréales qui en contiennent) rendant la molécule plus digeste et moins inflammatoire

On va être honnête, il faut vraiment se lever tôt pour trouver des produits céréaliers avec ce degré de qualité-là. Mais ce qui est vraiment génial c’est qu’une fois adopté, le levain permet de transformer toutes les recettes à base de farine pour les rendre digestes, non inflammatoires et particulièrement intéressantes pour le microbiote. Il est possible d’adopter très facilement un levain chez soi, je vous partage toutes les infos à ce sujet ainsi que le kit de démarrage de levain sur notre site The Golden Gut.

6. Cru ou cuit : quel impact sur la digestion ?

Enfin, la pyramide ne tient pas compte des terrains digestifs. Chez certaines personnes, les crudités majorent les ballonnements, les inconforts, l’inflammation et les douleurs. Le cuit peut alors devenir une étape nécessaire pour apaiser la digestion et soutenir le microbiote. Ces détails ont leur importance au quotidien et il est important de comprendre ici que nous avons tous une capacité digestive différente et nous sommes tous unique.

Au fond, la question n’est plus seulement quoi manger.

Mais aussi :

  • comment préparer les aliments,
  • sous quelle forme les consommer,
  • et surtout pour quel terrain digestif.

Nous sommes tous uniques, et c’est exactement l’essence même de mon approche : une nutrition fonctionnelle et individualisée.

C’est pour cette raison que, dans notre livre Microbiote Friendly paru aux Editions Eyrolles, nous avons imaginé 3 profils digestifs, afin d’aider chacun à adapter son alimentation à sa réalité, et non l’inverse. Une approche que je partage sur ce blog et en consultation nutrition fonctionnelle.

"Microbiote Friendly" par Magalie de Preux et Sophie Balestra, guide complet sur la santé intestinale avec des recettes adaptées pour améliorer le microbiote et réduire les troubles digestifs.

Couverture du livre Microbiote Friendly de Sophie Balestra et Magalie De Preux. Ce livre présente 100 recettes gourmandes élaborées par des nutritionnistes pour prendre soin du microbiote intestinal et mieux gérer les troubles digestifs. Les auteures posent avec un plat cuisiné, illustrant l’esprit sain et convivial de cet ouvrage culinaire.

En conclusion, la nouvelle pyramide alimentaire américaine marque une évolution intéressante. Mais lorsqu’on s’intéresse au microbiote intestinal, à l’inflammation et à la digestion, elle ne peut être qu’un point de départ.

L’approche Microbiote Friendly commence là où les recommandations générales s’arrêtent, dans la nuance, l’individualisation et le respect du terrain de chacun.


Sources et références

  • Dietary Guidelines for Americans 2025–2030 (USDA)
  • Institute for Functional Medicine – Nutrition & Microbiome
  • Sonnenburg & Sonnenburg, The Good Gut
  • Cordain et al., Origins and evolution of the Western diet